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 Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne

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Légion
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MessageSujet: Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne   Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne ClockMar 7 Jan 2020 - 18:21

Sang dans le sable, sable et sang. Le rouge coule dans un sablier. Le temps s’arrête passé l’exsanguination. Le carmin recouvre la vue comme il recouvre le soleil. L’univers s’arrête dans le creu de sa paume. Des milliards de galaxies et d’étoiles, à l’intérieur de sa main, filant entre ses doigts comme ce désert. Les étoiles se doutent autant des créatures qui glissent dans l’espace que les grains des crotales qui arpentent inlassablement leurs tunnels. C’était sur ce petit morceau de sable que Légion avait jeté son dévolu. Il n’était pas important. Il ne relevait de rien. Les humains valaient autant qu’une pincée de sel dans cette tambouille qu’ils qualifiaient d’univers. Leurs larmes donnaient du goût. Voilà leur rôle. Il voulait leur offrir plus. Ils méritaient plus. Chaque douleur, chaque misérable souffrance qui troublait le monotone des battements de leurs coeurs avait plus d’importance aux yeux du dieu des morts que chaque immense titan qui broyait l’univers dans son sommeil. Mais il ne pouvait les contenter que lorsque le dernier soupir quittait enfin leurs carcasses. Enfin leurs râles devenaient rires dans les Champs-Désolés. Mais il ne pouvait pas tous les tuer, ils ne pouvaient créer la vie dans la mort. Il ne fallait plus que cela se produise.

”Qu’est-ce qui te trouble, Armaggedon ?”


Le destrier de l’apocalypse emmitouflée dans l’acier et le rouge avait trouvé quelque chose dans le sable. Une pièrre dépassait parmi les infimes morceau de sécheresse. Du bout de son sabot inquisiteur, il dégagea du sable aux alentours. Le cavalier descendit, forme éthérée sous la lumière intense du soleil. C’était bien un casque qui se trouvait enfoui sous cette colline improvisée. Le sable témoignait de l’affrontement qui s’était déroulé en ce lieu, contant son histoire aux bottes de l’apparition. Sa forme déjà terrifiante, Présage Funeste qu’il était, devenait d’autant plus troublé par les mirages de la chaleur et par la concavité de la visière de cette fleure d’obsidienne qui commençait à bourgeonner dans le coeur des sables mouvants. Il lui était impossible de se voir à travers les yeux des autres. Sa conscience était la seule claire dans le monde qu’il prenait pour sien. Un univers qui tenait dans l’emprise de son esprit. Le dôme facial reflétait son regard. Mais qu’en était-il des yeux sous cette couche imperméable d’obscurité ?

”Attends-tu la mort, assassin ? Penses-tu mériter ce qui t’arrives ? Ou es-tu simplement trop cossard pour te libérer par toi-même ?”


Il lui toucha délicatement le front, le bout de son doigt paternel offrant peut-être un sentiment de tranquillité glaciale à cet être qui se révéla être légèrement hors du commun. Assassin, poète, avec un délicieux passé qui ne vous sera jamais révélé. Mais Zer0, dont le chiffre dans le pseudonyme trahissait l’amusement juvénil dans sa profession, lui, pouvait sentir quelque chose le repousser à la surface. Ceux ayant périt sous le sable durant l’existence des anciens royaumes d’Héra avaient repris le contrôle de leurs corps pour rendre un dernier service, porter le nouveau-né hors de l’entraille du désert.

”Comment me vois-tu, assassin ? Jamais je ne rencontrai durant ma longue vie l’aspect te correspondant. Ne vois pas de désobligeance dans ma simple curiosité.”


Sa cape volait au khamsin du désert, une tempête de sable qui commençait déjà à se préparer. Il n’en avait que faire, mais bien que son interlocuteur soit protégé par sa combinaison, il ne pouvait le laisser disparaître à nouveau sous le sable. Il n’avait pas l’emprise sur ce personnage comme il pouvait en avoir sur d’autres vivants. Celui-là n’était pas lié à la mort, mais à une machine qui le ferait revivre à jamais et pour toujours, jusqu’à ce que tout le réseau s’arrête de fonctionner. Oui, il viendrait éventuellement le rejoindre, mais ce n’était pas pour tout de suite. Son esprit glisserait de ses mains comme l’eau des oasis. Il pouvait le briser de ses doigts monstrueux et divins, mais cela n’aurait aucun résultat. Il n’y aurait qu’un cadavre laissé par terre sur le sol, avant de se désintégrer pour laisser ses atomes rejoindre un autre espace. Oui, il n’avait d’emprise sur cet être que celle de la peur et du temps, et non celle de la mort. La science faisait déjà obstacle à la certitude la plus absolue de la vie. Mais parvenait-elle à arrêter la peur ?

”Le désert déjà s'effrite face à notre présence, Armaggedon. Nous devrions éviter à notre nouveau compagnon de disparaître à nouveau sous cette tempête.”


Les yeux troublant du Roi Carmin rencontrèrent ceux de sa monture. Cette dernière s’approcha, laissant son maître s’installer sur sa selle, avant d’attendre un second passager. Etrangement, d’une certaine façon, le maître des morts s’arrêta d’être aussi terrifiant qu’à son habitude. Les morts sous le sable pouvait aider le dégingandé à s’installer sur l’émissaire du commencement. Oui, Zer0 pouvait bénéficier d’un voyage sur le cheval incolore de l’apocalypse.

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MessageSujet: Re: Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne   Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne ClockMar 14 Jan 2020 - 0:25
Le Nombre ouvrit les yeux.

Un grésillement sourd et confus bourdonna dans son esprit, avant de se disperser à mesure qu’il reprenait conscience de son enveloppe charnelle en état de stase, des atomes qui le constituaient, des électrons qui le parcouraient, du sang qui affluait jusqu’à ses extrémités et qui faisait très lentement battre son cœur. Une contemplation qui parut durer une éternité, hors de l’espace et du temps, loin de la perpétuelle violence de ce monde, au sein de la citadelle impénétrable de son subconscient.

Plusieurs minutes. Plusieurs heures. Plusieurs jours. Plusieurs années.
Combien de temps s’était écoulé ?


Ses muscles tentèrent d’abord un mouvement, ne serait-ce qu’une faible impulsion ; mais il comprit qu’après avoir été réduit à néant de la sorte, tenter de se redresser de la sorte ne serait pas raisonnable. Sa combinaison d'obsidienne tachée d'écarlate et de safran était couverte d’ulcérations suintant sous la chaleur étouffante du désert. La trame sombre qui épousait la silhouette élancée de son corps avait fondu par endroits, jusqu'à ne faire qu'un avec son épiderme calciné. Les grains de sable s’étaient infiltrés au plus profond des plaies béantes qui rendaient son corps tordu et méconnaissable, menaçant de l’engloutir sous leur abondance, l’éradiquer de ce monde, l’évincer de cette terre.

Puis, un murmure parvint à ses tympans.
Une litanie qui ne semblait pas provenir de cette réalité…
Mais il fut incapable de comprendre son origine, dans un premier temps.


Un froid paisible l’envahit alors, sans même qu’il ne s’en soit rendu compte, mais il n'avait rien de la sérénité qui précédait habituellement le moment où son organisme cessait enfin de fonctionner et où sa conscience transcendait la matière jusqu’à atteindre les cieux. Cette accalmie se métamorphosa aussitôt en une force terrassante, qui vint saisir son esprit aux confins de la crypte de son âme et le repositionner dans sa carcasse délaissée par le cours des évènements. Il sentit tous ses organes se repositionner peu à peu à l'intérieur de ses entrailles, les tissus nécrosés se régénérer douloureusement, les brûlures insoutenables à la surface de son épiderme se refermer — une étrange sensation, qui ne lui était cependant pas désagréable... Des souvenirs de ses plus beaux combats en Pandore affluèrent dans son esprit et il revit ses compagnons de l’époque combattre à ses côtés, faire gicler le sang, faire exploser des bandits, décapiter des têtes, panser leurs blessures, mourir dans d’atroces souffrances, puis revivre aussitôt. Leurs visages penchés au-dessus du sien lui revinrent en mémoire, et il jurerait que les gestes habiles qui le ressuscitaient étaient les leurs…

Brusquement, le messager du karma réalisa qu’il était de nouveau conscient et surtout bel et bien en vie : comme saisi par un automatisme inconscient, ses muscles se tendirent et il voltigea en arrière, tous ses sens en alerte, en recherche de sa muramasa désespérément introuvable entre ses quatre doigts. Ses plus récents souvenirs s’entrechoquèrent dans son cerveau avant de se remettre peu à peu en ordre, mais l’absence de la lame par laquelle il a versé tant de sang qui n’était pas le sien le perturbait profondément. Il avait conscience que peu importe le danger auquel il faisait face, il aura suffisamment de vécu pour adopter la stratégie qui le mènera à la victoire ; mais ainsi dépossédé de cette extension de lui-même, il ne pouvait s’empêcher de se sentir vulnérable.

Il prit quelques secondes pour interroger le paysage hostile qui s’étendait à perte de vue. Le soleil crevé tardait à s'écrouler sur l'horizon. Le ciel, à une telle température, dégoulinait sur tout ce qui régnait sous son immensité inquisitrice. Le sable était rouge comme le sang sur ses mains. La chaleur suffocante qui s'infiltrait sous sa combinaison rendait surréel chacun de ses mouvements — un amalgame de vertige et de désolation par cinquante degrés. Il lui fallut encore quelques temps pour s’accoutumer à ces nouvelles informations, avant que son regard ne se pose enfin sur la seule présence qui apparaissait à travers l’interface intelligente de son casque.






Le tueur à gages se savait sondé par un être dont l’existence dépassait tout entendement, tout comme lorsque sa lame s’était dirigée vers le quatrième Masque de Fer. Ainsi il comprit qu'il se trouvait vis-à-vis de l’un des émissaires de la mort — non, de l'une de ses plus redoutables réincarnations. Bien que celui-ci était en mesure de fouiller les profondeurs de sa conscience pour en faire ressurgir ses souvenirs les plus traumatiques, le Nombre savait pertinemment que l’emprise qu’il avait sur sa personne, aussi terrifiante pouvait-elle être, montrait là l’étendue de ses limites. A quoi bon promettre une mort pleine de souffrances et de regrets à celui qui ne l’a jamais redoutée ?

Mais l’avènement de ce cavalier de l’apocalypse n’était pas un modeste aléa dans l’existence fugace de l’énigmatique spadassin, ni un potentiel adversaire à ajouter à la liste interminable de ses victimes : cet apôtre funeste s'était manifesté tel un mauvais présage, l’arrachant à la surface des sables mouvants comme une fleur du mal bourgeonnant sous un soleil écorché plutôt que de laisser la cruauté impitoyable du désert l’enterrer plus profondément en son sein. De quelles contrées surnaturelles provenait-il ? Pourquoi avoir jugé profitable de le faire revenir d’entre les morts là où bien d’autres auraient abandonné le meurtrier qu’il était au sort qui lui était promis ? Quels curieux desseins pouvaient bien s’envisager dans les méandres de son esprit ? Et surtout ; qu’attendait-il de lui ?

" ? "

En quête d’une réponse, il fit quelques pas en sa direction ; mais encore affaibli par le catabolisme que son organisme avait subi ces derniers temps, il perdit l’équilibre avant de s’enfoncer dans le sable rouillé du désert. Ses mains vinrent trouver ses tempes alors qu’une douleur venait de le saisir, comme si mille étincelles venaient de surgir sous ses paupières closes. Le moindre geste lui était accablant, la moindre respiration lui était difficile, et son âme toute entière semblait sur le point d’imploser. Pourtant, chaque millimètre de son corps était revenu à son état d’antan, laissant toutefois subsister les déchirures apparentes qui ornaient ses jambes et ses bras. L’opacité de son masque était toujours ébréchée, mais il demeurait néanmoins inconcevable de deviner quelconque physionomie de l’autre côté de cette surface qui lui permettait de tout observer sans que l'on ne puisse jamais entrapercevoir les monstruosités rampantes qui constituent la ménagerie infâme de ses vices. Tandis que le Roi Carmin regardait l’abysse, qu’est-ce qui l’observait en retour ?

Les pupilles rutilantes du Maitre des Damnés s’embrasèrent comme deux astres en plein jour, flamboyant au cœur de la tempête de sable qui se soulevait autour d’eux. L’allure de son destrier prit alors forme à ses côtés, permettant à son maitre de reprendre la place qui lui revenait de droit. Il semblait espérer une réaction de la part du ressuscité ; et dans le même temps, avoir toute l’éternité devant lui.

" . . . "

Il n’était pas dans les habitudes de l’assassin dénommé Zer0 de remettre son libre-arbitre entre les mains d’un autre paradigme que le sien. Ses pas ne le portaient nulle part autre que là où le vent souffle ; sous le soleil de l’infernale Héra, il insufflait à sa destinée un changement inopiné dans son itinérance. Dépourvu de sa fidèle lame, à la merci d’un inéluctable ennui, porteur d’une mission qu’il s’était lui-même confié, il replaça sa fierté dans son fourreau et accepta l’offre implicite qui lui était proposée.

Ainsi le cours des secondes recommença à s’écouler, grain de sable par grain de sable, battement de cœur après battement de cœur, pensée après pensée. Sa mission reprenait là où elle avait été interrompue ; qu’importe vers où son destin le mènera, sa finalité restera la même.

Son corps affaibli fut hissé sans le moindre effort à l’emplacement prévu à cet effet. L’écoulement du temps et la mesure des distances parurent bien insignifiants tandis que, dans un silence qui valait bien des mots, celui qui était Légion ordonna à sa monture de se remettre en route à travers les dunes.
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MessageSujet: Re: Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne   Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne ClockMar 14 Jan 2020 - 23:54

Une armée d’artistes amateurs porteurs d’armes et d’artifices articulés par l’armateur des abysses. L’abîme détourne le regard quand le bruit de ses bottes résonne. Son avancée est synonyme de son arrivée. Sa marche est inarrêtable, elle ne fait que changer de vitesse. Ce ne sont pas les ténèbres qui l’attirent. Il n’est pas un maître des ombres. Les nyctophobes se chargent de lui attribuer les ombres. Seule leur terreur compte. Leur perception est la fondation de la réalité. Sans elle, tout s’écroule. Celui qui laisse la terreur des autres se développer a plus de contrôle sur la réalité que n’importe quel moucheron s’auto-qualifiant de divin. Le mort dans son repos éternel n’avait plus rien à faire du monde des vivants. L’univers de la vie était malléable à celui qui n’y était plus lié. Oui, il valait mieux être décédé pour accomplir ses rêves. Le temps cessait d’importer. L’éternité offrait à chaque seconde la possibilité de ne plus avoir de raison d’être. Le repos sans fin amenait les rêves sans fin. Des fondations pour le mausolée de l’humanité. Un mécène d’âmes offrant le bonheur à tous ceux qui passaient enfin de l’autre côté. Le bal masqué où l’on cache son visage par des oboles. La danse macabre où tout le monde est invité.

”Je ne peux t’en vouloir pour avoir triché tant de fois. Les machines qui recopient ton âme et la retranscrivent sur une chair virtuelle. Tu évites la mort pour la déverser. Ce n’est plus très original de nos jours. Personne ne reste mort assez longtemps. Ils reviennent et repartent sans chercher à profiter du repos qu’ils méritent. Tes services sont les bienvenues pour libérer les vivants de leurs cages de peau et d’os. Mais tu ne fais ça que pour retrouver un peu de vie dans ta chair artificielle. Ne t’es-tu jamais demandé si ce pervers néant dans le creu de ton âme était dû à cette fuite de ton inévitable départ vers mon royaume ?”


Ceux qui ne meurent jamais ne se lassent pas forcément de leur vie. Ceux qui goûtent au plaisir du départ vers le monde des défunts se lassent bien rapidement de ce que leur existence peut leur apporter. C’était une pointe crevant une zone de confort. Une envie d’atteindre un nouveau seuil, de révolutionner le monotone et le train-train de sa vie quotidienne. Ceux qui voient la possibilité de changer sont irrémédiablement attiré par le bouleversement, qu’importe qu’il soit nocif ou non. Souffrir est un plaisir bien connu de l’homme. Il est difficile de désobéir à cet instinct de mettre des bâtons dans ses roues. Zero souhaitait être le plus vivant possible. Il souhaitait donner une signification à sa soif de sang. Légion avait de quoi l’assouvir.

”Il existe pleins d’autres bouffons qui esquivent l’inévitable par des galipettes. Mais il y en a peu qui m’insupportent véritablement. L’un d’entre eux me nuit personnellement. Oui, il m’agace. Et sa mort répétée ne parvint jamais à l’éloigner de façon définitive. Il meurt et revient dans le monde des vivants, encore, et encore, et encore. Il est un de ces grains de sable qui nous entoure, et pourtant s’est incrusté dans la parfaite machine que j’ai conçue, pour la faire grincer et crisser et s’interrompre dans ses mouvements. Les rouages s’interrompent. Et mon coeur est las de voir ceci se produire. Tes talents me sont utiles, car je ne peux être présent partout à la fois.”


Le khamsin soufflait autour d’eux, une tempête qui brouillait la vue de tous. Les yeux de Légion n’étaient aucunement attaqués par ces poussières de misère et de sécheresse. L’armure de son compagnon, crevassée comme elle l’était, parvenait-elle à filtrer les morceaux de canicule désertique qui les entourait ? Armageddon avançait sans problèmes, ses sabots tonitruaient davantage que le colossal ouragan qui cherchait à arrêter leur avancée. Leur avancée était leur arrivée. Rien ne pouvait les stopper.

”Voilà donc mon offre. Tout ce que tu désires et que mon royaume peut t’offrir, en échange de la traque et de la poursuite du même homme à chaque fois qu’il défie la mort. Tous les septs jours, tu le chasseras, le tueras, jusqu’à ce qu’il désire ne plus se présenter à ma porte et ruiner mes plans. La garantie d’une cible, du combat, de l’assassinat, de l’adrénaline, et de la signature, à jamais, jusqu’à ce que sa volonté se brise. Qu’en dis-tu ?”

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MessageSujet: Re: Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne   Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne ClockSam 25 Jan 2020 - 21:45
L’assassin était persuadé d’avoir contemplé les circonstances de sa propre fin. Il avait voyagé si longtemps à la frontière de ce bas monde et de l’au-delà qu’il s’était cru abandonné par la mort ; et pourtant, elle était là, plus présente que jamais, sous la forme d’une âme déambulant entre le royaume des damnés et du domaine des vivants, ne parvenant à prendre véritablement forme ni dans l’un ni dans l’autre, semant les graines de la peur dans les esprits et récoltant l’épouvante dans la nécropole que sont les cœur humains — dévoués aux tombeaux de leurs souvenirs, dépendants de la chair qui contraint leur curiosité, transis par l’immuabilité de leurs pulsions.

Le discours du maitre des morts s’insinuait dans son esprit comme une partition, les grains de sables sous les sabots de sa monture résonnaient tel une cadence entêtante. Cet être déchu lisait en lui comme s’il l’avait vu venir au monde. Ses traumatismes les plus enfouis. Ses pêchés les plus inavouables. Ses vices les plus morbides. Ses peurs les plus secrètes. Il jugeait ses actes comme si lui-même ne mêlait pas ses propres doutes à l’effroi qu’il se plaisait à infuser dans la cervelle de ses victimes. La mélodie de son intonation était arrogante, mais ses yeux qui avaient vu passer les millénaires ne pouvaient tromper quiconque était au fait des vérités de cet univers. Le temps perdit à nouveau de sa consistance, comme s’il ne s’écoulait plus vers le bas mais dans autant de directions qu’il existait de possibles. Un possible où il n’aurait jamais quitté Pandore. Un possible où il aurait éliminé le président de Hyperion avant même que ce dernier n’ait eu l’opportunité d’ouvrir l’arche qu’il convoitait. Un possible où il aurait été désintégré par cet effondrement gravitationnel, poussière retournant à la terre comme s’il ne l’avait jamais foulée. Un possible où il avait survécu et où il parlementait avec l’un de ses semblables…

Ce dernier dissimulait derrière ses paroles énigmatiques un certain altruisme. Ses louanges atteignaient le cœur du mercenaire, et ses promesses chantaient l’unique mélodie que l’assassin consentait à écouter — celle d’un véritable sens donné à tout le sang versé par sa lame, gouttes de rouge cherchant désespérément à recouvrir le blanc qui envahissait sa conscience décennie après décennie, résurrection après résurrection. Mais son instrument favori, avec lequel il jouait toutes ces suites vermeilles, ne se trouvait pas entre ses doigts tandis qu’un nouveau chef d’orchestre lui proposait d’interpréter une nouvelle partition et levait un épais rideau rouge sur une toute nouvelle scène...

Face à ce constat des plus désarmants, le Nombre resta silencieux, considérant avec modération la proposition qui lui était faite. Son contrat qui le liait avec le roi doré de Héra n’était pas encore conclu ; mais comme l’empereur de givre n’avait pas daigné le relancer, il en avait déduit qu’il avait encore un peu de temps devant lui. Ses plans avaient-ils été contrarié ? Son trône aurait-il été pourvu ? Son armée aurait-elle été déroutée ? Se relever d’un tel imprévu n’était qu’une formalité pour celui qui n’était tenu à nul autre ordre que celui de d’obéir au destin que les lois secrètes de l’univers lui contait. Prendre le pouvoir, posséder des terres, dessiner des frontières, soutenir des tyrannies régnant par la honte, bâtir des empires à la gloire de l’asservissement et de la domination, se faire esclave de sa propre avarice… Toutes ces préoccupations futiles ne seyaient qu’à des simulacres de souverains qu'un orgueil démesuré rendait incapables de faire preuve d’humilité face à la destinée. Lui n’était bon qu’à prendre les armes, faire la guerre et donner la mort. Dès l’instant où il avait surmonté les limites naturelles de sa conscience, il s’était détaché de la matière qui constituait son enveloppe charnelle et ne vivait qu’à travers les ressentis crus et violents que lui imposaient la réalité, avec comme seul masque protecteur la visière qui dissimulait dans l’ombre une physionomie dont lui-même s’était mis, à mesure de ses réincarnations, à oublier les contours : seule la perspective d’être de nouveau en mesure de sentir les battements de son cœur et entendre l’affluence de ses pensées lui importait.

"Ôter les existences / Est un art à part entière / Dont je suis le virtuose."

Le Nombre ne poursuivait ni la gloire, ni la fortune, ni l’impunité. Ce que le Seigneur des Limbes avait à lui offrir, il pouvait amplement s’en passer, quand bien même de telles opportunités ne lui seraient que favorables pour faciliter sa mission. Une autre route, un nouveau conflit, un nouveau champ de bataille. Il avait pleinement conscience que son passé finissait toujours par le rattraper, s’immisçant dans son présent et gouvernant irrémédiablement son avenir. Nul ne peut prétendre ressortir d’un tel vécu indemne, et plutôt que de chercher à le refouler, il avait pris la décision de l’accepter — tel une ombre qui marcherait dans ses traces pour l’éternité.

"Mon nom est Zer0."

Car plutôt que de prendre refuge derrière un espoir de regagner un jour une vie normale, le tueur à gages se plaisait à créer l’apothéose de ce réel où il combattait sans aucune pudeur. Le contraste créé par l’opposition entre l’obscurité intangible dans laquelle il se glissait et les lueurs des corps qui se mouvaient à portée de son sabre n’avaient qu’un seul but : donner à la vie toute son intensité afin qu’elle devienne omniprésente, incontournable, pour mieux s’évanouir face à la mort la seconde qui s’ensuit. Et si elle ne le pouvait, c’est qu’elle ne le devait ; seuls doivent rester en lice ces corps dénudés de toute vanité et de tout apparat, exhibés à la lumière du jour en leur plus pure sensibilité. Ainsi, en rabattant l’invisible sur le visible, il donnait à la chair et au vivant une présence, une réalité, une intensité rare et authentique ; il les mettait en scène comme personne avant lui, il les offrait en spectacle pour leur permettre de vivre avec humilité leur dernier acte. Mais cette surexposition en soulignait d’autant plus la contingence, la limite, la finitude ; réduits à leur plus mortelle expression, ils semblaient promis aux ténèbres de l’au-delà qui les entouraient — leur seule et inéluctable issue. Car une fois que la vie est ôtée, que l’existence est offerte au néant, et que les vaines certitudes n’ont plus que l’inconnu comme seul repère…

C’est à ce moment que ce qui a toujours été absent prend tout son sens, et il ne tient qu’à celui qui est en quête de sa place dans l’univers, aussi insignifiante soit-elle, de partir à sa découverte.


"Toi qui sait de quoi est fait l'au-delà... Je suis à ton service."
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MessageSujet: Re: Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne   Le Bourgeon Maigre d'Obsidienne ClockDim 26 Jan 2020 - 16:09

Froid et palpitant. Une pierre qui gonfle et qui se vide soudainement. Le vide qui aspire le vide. Le néant qui recrache le néant. Un son constant. Un rythme lent. Pas d’air. Juste un idéal. Un concentré d’émotion. Un trou noir de confusion. Un volcan en éruption. De la rage qui se déverse dans un terre vide. De la lave grise et noire, que l’on prendrait pour de la boue. Une illusion du maître de la réalité. Si bien caché, si bien camouflé, que lui-même ne saurait le deviner. Les enfants sont violents. C’était une simple gaminerie. Le dernier des quatre cents coups. Contenue par la douceur, elle était exacerbée. Le coeur bat doucement dans son cercueil, percussion motus entendue par son oeil. L’amertume d’un dieu caméléon ne vaut rien face à la logique implacable qui devance d’un quart d’heure chacun de ses aléas. Et pourtant il arrive parfois qu’elle se rue la première dans la ruelle opaque. Entre deux chats des gouttières dans les boyaux de son âme, elle pointe son drapeau dans la direction d’une source de tourment.

C’est de zéro que tout commence. Il constitue le début, mais n’est pas rien. Il est nul, mais pas vide. Il multiplie par dix, il ramène à zéro. Il tranche, il ramène à zéro. Il tire, il ramène à zéro. Un nombre qui nullifie la vie. Tout ce qu’une personne possède, ramenée à zéro. Tout ce que cette personne aurait pu faire, ramenée à zéro. Il y avait quelque chose de délicieux dans la disparition soudaine de tout ce qui entourait le dernier entré dans l’enfer. Un potentiel infini, la seule limite étant le ciel. Que disions-nous ? Il n’y avait aucune limite véritable ! Et soudainement… ramené à zéro. Mais certains, de zéro, revenaient à chaque fois. Ils désiraient éviter la mort. Et le prétendu virtuose au discours entrecoupé par un style poétique oublié était de ceux qui enjambaient leur imminente destruction. Zer0 était un oxymore avec le zéro. Il ramenait tout sauf sa propre personne à ce chiffre fatidique. Tant que sa vie enregistrée dans des bases de données, la fin ne lui serait jamais apportée. Il était condamné à rester éternellement las.

”Un haïku ? Pourquoi pas une ballade ? Une rhapsodie ? Pourquoi cette unique forme de poésie ? Trahis-tu donc ton unique expertise ? Par ta mégarde, tu montres que ton escrime ne se fait qu’avec un type bien particulier de lames. Elles ne tranchent que la chair et se brise à la première défense. Oui, elles ne te seraient pas utiles si la technologie n’était pas du côté de ton forgeron. Avec les améliorations qu’offrent l’expertise de ton peuple, ils parvinrent à te donner un katana qui passaient à travers le fer sans se scinder. Mais tu ne l’as plus. Te sens-tu inutile sans elle ? Ne t’inquiète pas. C’est uniquement à partir de zéro que vient un.”


Le sable s’arrêta de souffler quand le nombre offrit ses services. Ils n’étaient plus dans le tumult des graines de sécheresse. Les infimes larmes desséchées de la terre voyant ses enfants réduits à l’état d’esclaves étaient figé dans les airs. Tranquillement, Armaggedon posa le sabot sur certaines d’entre elles, escaladant sans mal ce qui aurait enseveli l’étranger. Ses pattes continuaient de retentir comme si elles furent la première lumière que voyait un noyé remontant à la surface. Et puis, le sommet fut atteint. Ils étaient entouré d’air pur, à mi-chemin entre les nuages le sol. Légion remit pied à air, et commença à avancer seul, invitant l’assassin à le suivre.

”Je veux que tu tues un voyageur temporel qui se nomme Kaito Shan. Il se fait appeler dieu. Il n’en est pas un. Il pavane avec ses idéaux idiots et son coeur faussement pur. Il agit comme un cancre et n’apprend rien de ses leçons. Si stupide est-il qu’il ne comprit jamais sa propre mort, tant et si bien qu’il esquivait toujours son domaine. Ma patience a atteint ses limites, mais mon bras ne peut pas s’étendre suffisamment pour que je m’occupe infiniment de son cas. Il est bon combattant. Il t’offrira un défi sensationnel. Il t’offrira cette sensation que tu désires tant. Cette existence au creu de ton coeur. Je le veux mort. Je le veux mort encore, et encore, et encore. Je veux toutes ses vies anéanties...”


Il attrapa un grain de sable bien trop élevé par rapport aux autres. Ses doigts gantés l'arrachèrent de sa position initiale, avant d’appuyer dessus. Petit à petit, le tissu de la réalité fut troué. Un petit trou noir. Il fit un mouvement droit devant lui. Rapide. Une coupure dans l’horizon. Une plaie béante dans la réalité. Droite. Finie. Un segment parfait. Il attrapa cette fine et impossible entaille dans le concret. Mais ce dernier tenta de résister. Le réel ne voulait pas plier. Mais comme tout ce que touchait la paume gauche de Légion, il finissait par plier. Des flammes vertes claire, puis rouge, puis orange sortirent de cet affrontement entre un fait et un oxymore. Le Roi Carmin se retourna, tâchant de son sang noir cette lame. Un sang qui coula jusqu’à la sa base, devenant le pommeau de son nouveau Katana.

”Toutes… jusqu’à la dernière ! ”


Car personne d’autre ne méritait Leixy. Car Leixy méritait mieux que ça.

”Tranche. Découpe. Écourte. Coupe. Sectionne. Divise par zéro ce dégénéré jusqu’à ce qu’il plie enfin et reste dans l’abîme et le tombeau qui lui est destiné !”


L’arme flotta vers Zéro, attendant qu’elle soit attrappée par son nouveau maître. Des failles de son armure sortirent des lumières si terrifiantes qu’elles ne pouvaient être associé qu’à la mort. Cette lame pouvait couper la réalité. Elle pouvait couper le temps et lui-même. Et le coeur de pierre de l’assassin, comme celui du mort en face de lui, se mit à battre de nouvelle. Une énergie incroyable. Incommensurable. Oui ! Il pouvait se sentir capable de terrasser la nuit elle-même pour ramener le soleil sur son âme ! Cette résolution. Il la sentait.

Cette résolution lui permettait de se sortir du sable dans lequel il était enseveli, son nouveau katana entre ses mains alors qu’il se réveillait enfin de son long sommeil.

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