”Excellent ! Magnifique ! Splendide !”

Quatre n’en avait pas vraiment eu à carrer de la menace de Végéta. Ni même de celle de Gero. Il n’y avait qu’une chose qui l’amusait véritablement dans le tumulte sanglant et violent de l’affrontement de deux robots, un monarque glacial et un petit homme à lourd caractère. Ces quatre harlequins avaient en leur possession une place bien moins importante aux yeux de l’artiste que le simple fait qu’il ait pu échouer. L’échec. L’erreur. L’incertitude. Cette frustration qui se faufile dans les veines pour empoigner le coeur, cette rage qui cogne contre les tempes et qui accélère la respiration, ce tremblement des mains jalousant les vainqueurs. Ne pas réussir. Fantastique, éreintant, grisant. Une croix rouge non pas déterminée par des règles simples et facilement pliables, des calculs juvéniles et des fois trois pour fois trois. Le monde n’était pas le sien en ce jour et c’était exactement la raison de sa présence ici. Celle d’un artiste qui cherche à se renouveler. Celle d’un maître qui se rend élève pour le plaisir. Apprenti de qui, cherchant à maîtriser quoi ? Qui sait ? Là est le but de ce genre d’exercice. Ne pas vraiment savoir où l’on va tout en sachant pertinemment qu’on y arrivera. Ce n’était pas une bête quête scénaristique à éléments déclencheurs, péripéties et conclusions. Tout comme le jeu de table d’où provenaient ses dés, l’objectif était le loot. La récolte. La moisson de toute compétence et de toute expérience qui traînait et pouvait séjourner dans son crâne comme son curriculum vitae. Et cette misérable petite colère qui avait soufflé dans son cou et caressé sa patience s’était noyée sous cette joie extraordinaire éruptant dans son âme. Dans ce bedlam avait éclos un tout nouveau sentiment de bien-être. Celui de savoir que l’on fera mieux la prochaine fois. Il s’était bien éloigné du groupe, de nouveau près de sa voiture, applaudissant la montagne qui avait résisté à son attaque, observant son imagination se tordre, se briser et disparaître, effacée comme une indésirable ligne de code, dégagée comme une erreur scénaristique dans l’esprit d’un fan passionné. Et il continua de rire et de frapper des mains avant de reprendre ses esprits.

”Bieeeeen… Admettons que Gero vienne à être détruit dans leur affrontement. Il n’y aura plus personne pour réveiller le frère, la soeur et le rouquin… Personne sauf d’autres scientifiques. Mmmh...”

Sautant pieds les premiers dans le véhicule, il n’eut pas à faire beaucoup de manipulations pour mettre le moteur en marche. La DeSoto ignora les lois de la physique, s’élançant dans le sens inverse au combat et sautant de la falaise pour atterrir sans aucun souci. Car la Z-Team n’était pas seulement constituée de plusieurs mastodontes excessivements musclés : il restait quelques têtes pensantes qui se positionnaient à l’écart avant de sauver le monde par leur savoir. La voiture fila à toute allure vers la grande ville où habitait sa prochaine cible. Il n’allait pas user de pistolets en cette heure funeste pour les gardiens de la terre. Parking. Le corbillard était impeccablement rangé. Reprise des bonnes habitudes. Il lui fallait être parfait. Non, plus que parfait. Exceptionnel. Il lui fallait briser les règles, car il les maîtrisait déjà à la perfection. L’assassinat se faisait de façon claire et précise. Et c’était pour cela qu’il allait être brutal. La mort de noir vêtue, l'aberration chromatique dans les couleurs sèches, le monochrome robotique qui déterminait l’émotion de chaque scène s’approchait dangereusement de la résidence des Briefs. Il n’y avait pas de musique. Seulement la circulation des voitures dans les environs, les chants de quelques oiseaux perdus dans la masse urbaine et les talons résonnants des souliers de Quatre. Un pas. Deux pas. Des secondes avant l’inéluctable. Son doigt cauchemardesque s’approcha de la sonnette. Il appuya une fois. Brouhaha à l’intérieur. Aucune réponse. Cinq secondes. Il appuya une deuxième fois. Réactions. Enfin, quelqu’un bougeait. Il appuya une autre fois. Des remarques agressives, des “J’arrive !”. Un enfant qui pleure. L’inspiration par la frustration. L’échec de tout à l’heure volette au-dessus de son chapeau. Il n’avait pas sa palette sur lui. Il n’avait rien qui pourrait tracer ses actions jusqu’à lui. Il appuya une dernière fois. Des pas s’approchent enfin, avec des réprimandes. Tic. Toc. Tic. Toc. Tic. Toc. Ouverture. Inspiration. Expiration.

Le premier coup de théâtre se fit dans le visage de la femme aux cheveux bleus qui lui ouvrit la porte avec beaucoup de condescendance. Un coup de poing direct dans le nez. Des bruits d’os qui craquent. Un piano. Un xylophone. Il n’y aura comme musique que le massacre en cet après-midi si tranquille. Sa main libre, la gauche, attrapa sa victime en son col, laissant la droite reprendre son envol pour atterrir dans sa tempe. Le tonnerre retentit. La grosse caisse résonnait dans le conservatoire. Dans le jazz infâme de cet hécatombe, la scientifique tomba au sol. Les trompettes retentirent lors de sa chute, le ralenti de sa perte de conscience s’accompagna d’un trombone. Sa jambe s’élança dans son abdomen, brisant ses côtes et perforant ses poumons, guidée par une contrebasse sauvage et abominable. Son cerveau était brisé. Ses poumons étaient percés. Le wa wa était à son premier acte de paroxysme. Une première victime alors qu’une seconde apparaissait déjà. Une autre demoiselle. Quatre jouait en legato. Il s’élança alors qu’elle se mettait à hurler. Le canari, apeuré par la perte de sa chère et tendre. La mère rejoindrait la fille. Il attrapa sa chevelure, avant de pousser sa tête vers son genou, enfonçant ses jointures métalliques dans son oeil. La colère était expulsée à chaque coup. Un talk digne des plus grands musiciens. Un jive sanglant. Le groupe jouait à pleins poumons. Coup de tête. Contact des deux fronts. Un choc dans le lobe frontal de la pauvre femme. Son crâne se brisa. C’était un break aussi littéral que musical. Elle tomba à terre dans une redescente sonore, et on lui marcha sur le cou.

Il monta à l’étage, là où des hurlements insupportables ruinaient sa partition. Un bébé, un souvenir du passage sans protection du Prince des Saiyen. La batterie accompagnait ses stationnements dans l’escalier. Une ombre, anthracite, décorée de lignes rouges. Le carmin accompagnait ses gestes. Il était beau, il était magnifique. Un style artistique bien différent de celui de ce monde. Un jump, et il arriva. Devant lui se trouvait un landau, contenant le perturbateur de son one-man show. Cet enfant pouvait se retrouver excessivement puissant en un rien de temps. Il lui fallait faire vite, attrapant le nourrisson par la gorge. Le saxophone hurla un instant. Un honk monstrueux, abominable, digne des pleurs endeuillés les plus déchirants. Il lui avait tordu le cou. Le petit crâne sensible était entre ses mains. Il le lança contre le mur sans laisser le temps au beat de redescendre.

Sa montre lui disait qu’il restait un quatre heures avant l’arrivée de Trunks. La productivité était l’objectif. Le maître des ménestrels descendit assez rapidement. Le laboratoire était au sous-sol, dans une atmosphère conditionnée. Une énorme pièce isolée de toutes. Le mot de passe du patriarche de cette famille savante ne fut pas difficile à trouver : l’année de naissance de sa fille, celle de sa femme, puis la sienne. Les cymbales suivirent sa descente. Le vieil homme avait le dos tourné. Un casque audio sur les oreilles. Le virtuose s’approcha non sans vergogne du dernier survivant des Briefs. Le coda. La fin du morceau. La dernière ligne de la partition. Une attrapée herculéenne de sa mâchoire. La décapitation par la seule force ses bras. Un cadavre face à lui, sur laquelle il lança la tête arrachée.

Une seule technique fut utilisée : l’Inspiration. Celle qui permettait de changer le terrain selon le désir de Quatre. Et il ne changea pas grand chose de son oeuvre conçue par ses mains nues. Non… Il ne fit que faire disparaître le cadavre du vieil homme, ainsi que toute trace de sang et de combat dans le laboratoire. Trunks arriverait bientôt. Le Masque de Fer attrapa son propre visage, et le modula comme un boulanger malaxait son pain. Bientôt, il perdit l’apparence de Quatre. Dans cette salle, habillée d’une blouse blanche, affublée d’un air accablé. Il n’y avait plus que M. Brief, dont toute la famille avait été tuée par des assassins inconnus.

Un drap attira l’attention du scientifique. Une machine cachée par du tissu. Il le souleva, et ses yeux s’illuminèrent un instant. Puis, le deuil s'abattit à nouveau sur ses traits. Il s’assit sur une chaise, et se mit à pleurer. Quel excellent jeu d’acteur...